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Colette Pétonnet et Catherine Baix. Présentation de l’atelier "Relations interculturelles" (présentation et archives ouvertes)

OAI halshs-00004249 - 1er septembre 2005

jeudi 1er juin 2006

ATELIER 3 : RELATIONS INTERCULTURELLES [1]

Responsables : Catherine Baix [Choron-Baix] et Colette Pétonnet

Référence de publication :

  • 1987, Baix Catherine et Pétonnet Colette (dir.), « Atelier Relations interculturelles », in Vers des sociétés pluriculturelles : études comparatives et situation en France. Actes du colloque international de l’AFA -Association française des anthropologues - (9-11 janvier 1986, Ministère de la recherche et de la technologie, Paris), Paris, Editions de l’Orstom (Institut français de recherche scientifique pour le développement en coopération) : 277-376. ISBN 2709908441

- THEME DE L’ESPACE

  • « Espace et altérité. Les relations interculturelles dans une commune péri-urbaine de la région parisienne », Sylvie FAINZANG (283-284)
  • « Histoire d’un peuple pluri-culturel : les mouvements des populations françaises et étrangères à Berre-L’Etang depuis un siècle », Mireille MEYER (285-289) - Bientôt en ligne - autorisation de l’auteur
  • « Quartier et rappports intercuiturels dans la rue des Rosiers », Jeanne BRODY (290-293) - Bientôt en ligne - autorisation de l’auteur
  • « Un exemple de spécialisation ethnique : les boutiques de la rue Sedaine », Annie BENVENISTE (294-300) - Bientôt en ligne - autorisation de l’auteur
  • « Commerce et inter-ethnicité ; les affinités culturelles », Anne RAULIN (301-306)

- MARIAGE

  • « L’identité ethnique ambiguë des personnes d’origine mixte en milieu sous-prolétarien », Claudia FONSECA (309-313) - Bientôt en ligne - autorisation de l’auteur
  • « Emigration, mariage, identité. Le choix du conjoint français chez les femmes créoles de Ile Maurice », Martyne PERROT (314-321) - Bientôt en ligne - autorisation de l’auteur

- RELIGION ET MAGIE

  • « Pratiques sociales et pratiques religieuses des Tamouls au Sacré-Coeur de Paris », Gérard ROBUCHON (332-336) - Bientôt en ligne - autorisation de l’auteur
  • « Bouddhisme et migration. La reconstitution d’une pagode lao dans la banlieue parisienne », Catherine BAIX (337-339)
  • « La Danse du Lion à Paris. Aspect d’un capital ethnique ? », Jean-Pierre HASSOUN et Yinh Phong TAN (340-346)
  • « Psychose et crise d’identité ; le sorcier, le psychiatre et le village ; approche systématique dans un village Boni de Guyane Française », Pierre BENGHOZI (347-350)
  • « Reflexions sur un devin Peul dans le quotidien français », Mamadou BA (351-354)
  • « Retour d’affection : quotidien français et maraboutage », Liliane KUCZYNSKI (355-369) - Bientôt en ligne - autorisation de l’auteur

- AUTRES THEMES

  • « Les étudiants iraniens et la Maison Internationale de la cité universitaire à Paris », Faranak MANSOUR (365-368)
  • « Boire et manger. Un plat caractéristique du Portugal : la morue aux choux », Maria E. LEANDRO (369-373)
  • « L’évolution des prénoms dans le Alto-Minho. Influence sociale et religieuse de l’émigration », José DA SILVA LIMA (374-376)



Introduction

L’atelier 3 avait pour mission d’analyser des faits culturels en situation de rencontre, éventuellement porteurs de syncrétismes, de réinventions, « bricolages » divers. Il avait pris le parti d’une approche ethnographique ne tenant pas compte des appartenances ethniques et sans présupposé théorique.
L’éventail des domaines traités n’a pas été aussi large que nous le souhaitions. Les arts du spectacle, la littérature orale et écrite, les gestuelles et les techniques du corps (avec la mode des arts martiaux et des bains maures, par exemple), la linguistique et ses emprunts, les rites funéraires, etc... n’ont pas été abordés. Ce sont pourtant là des champs privilégiés pour une telle démarche.
Cependant, les relations interculturelles ont donné lieu à 25 communications (dont celles de deux invités étrangers, Jérémy BOISSEVAIN, Hollande, et Robin WARD, Grande- Bretagne), chacune suivie d’un débat et qui se sont ordonnées autour de quatre thèmes, avec des variations :

  • l’aspect territorial ou étude des stratégies de peuplement pluri-ethnique dans plusieurs quartiers de Paris, dans une commune du Midi (Berre) ou de la région parisienne, voire d’un grand ensemble de banlieue.
  • la dimension économique, à travers les commerces spécialisés gérés par des représentants de divers groupes ethniques (4ème, 11ème, 13ème arrondissements de Paris, bars maghrébins à Lyon). La recherche anglo-saxonne sur ce thème, appelée « ethnic business » est féconde à Londres et Amsterdam.
  • la question des échanges matrimoniaux inter-ethniques avec les enjeux identitaires, voire généalogiques, qu’ils engendrent comme c’est le cas pour les femmes mauriciennes, par exemple.
  • le domaine des croyances religieuses et magico-religieuses avec les expériences chinoise, lao, tamoul, tsigane, africaine et boni. Ont été également abordés, grâce aux communications des anthropologues portugais, le choix des prénoms et des pratiques langagières francoluses, l’acculturation culinaire et les mécanismes de retour.

Cette moisson d’observations nous apprend que la société française d’aujourd’hui secrète des contacts et des relations qui existent de fait, et souvent à notre insu. Ces coexistences fonctionnent et se développent selon des logiques qui leur sont propres. Ainsi, non seulement les commerces maghrébins se maintiennent dans le 13ème arrondissement (notre Chinatown), mais commerçants asiatiques et nord-africains se rendent mutuellement des visites et des services. Les Tamoul Sri Lankais n’ont pas cherché à recréer un temple hindouiste. Ils ont jeté leur dévolu sur le Sacré-Coeur et ses jardins, comme lieu de prière, de pélerinage et de rencontre. Les Iraniens ont fait de même avec le hall de la maison internationale de la Cité Universitaire, où ils tiennent en quasi-permanence réunions et meetings. De simples pavillons de banlieue abritent des monastères bouddhiques. Les marabouts africains ont des Français aisés parmi leur clientèle . La rue des Rosiers secrète une sorte de communauté dont font partie les non-juifs. Les Judéo-espagnols de la rue Sedaine se sont installés à côté des Auvergnats dans les places laissées vacantes par les anciens artisans du fer et sont en train d’abandonner les leurs aux Sepharades trop à l’étroit dans le Sentier.

Nous avons pu dégager les réflexions suivantes.
Le peuplement des zones urbaines par les vagues migratoires successives se fait toujours, comme par le passé, dans les espaces libérés par les premiers occupants, qu’il s’agisse de résidence ou d’activités et de commerces, contrairement au brassage artificiel dans les cités HLM.
A l’intérieur de ce tissu organisé, les individus porteurs de valeurs culturelles exogènes ont la possibilité d’exploiter leurs ressources efficacement. Les commerces sont un des moyens les plus sûrs de réussite et d’ascension sociale, toutes ethnies confondues, comme en témoignent l’apparition des restaurants portugais et l’installation florissante des chinois. Ils reposent sur les ressources culturelles du groupe d’origine (main d’oeuvre, capital financier, clientèle-réseaux). Ils sont un lieu charnière, d’articulation, entre différentes communautés, caractérisé par une grande flexibilité du contact. Ils favorisent les approches discrètes des cultures autres, à travers biens, denrées et services. « L’entrepreneur » est un personnage frontière qui répond à deux types de demande.

La notion de ressources ethniques peut être étendue à d’autres aspects tels que les éléments d’une religion ou d’une morale.

Les Laotiens trouvent dans les valeurs bouddhiques, réactualisées dans les pagodes de banlieue, la légitimation d’une insertion réussie dans une société matérialiste ou de consommation. Les Tsiganes qui choisissent de se convertir au Pentecôtisme contournent par ce biais le mode d’intégration qu’on s’efforce de leur imposer et réussissent à rester eux-mêmes.

La religion joue, à l’intérieur du groupe, un rôle de régulation qui se répercute immédiatement sur son insertion dans la société. Elle doit être réajustée, réinterpétrée, en raison des nouvelles circonstances, ce à quoi s’emploient les guides spirituels. Les remaniements peuvent reprendre des formes archaïques ou être perçus comme des déviations, (processions de foules derrière la statue de Notre-Dame de Fatima, par exemple). En réalité, réapparaissent là des prédispositions, contenues dans certains traits de la culture, qui conserve ainsi sa dynamique.

Le don et le contre-don, l’échange et la réciprocité, ont émergé souvent dans nos débats et particulièrement lorsque nous avons abordé le thème du retour au pays d’origine. Les emprunts ne se font pas à sens unique. Non seulement la société française est pénétrée par des traditions étrangères, comme des arts culinaires ou de la magie africaine, mais elle exporte hors frontières des manières d’être forgées par des emprunts multiples. Les émigrés de retour importent dans leur pays des activités, des techniques, un langage qu’ils ont éprouvé ici, créant des modes, favorisant des changements. Parfois ils reviennent dans l’ancien pays d’accueil, soumis à un mouvement de balancier que d’autres vivent à l’intérieur d’eux-mêmes.

Une société pluri-ethnique est celle qui se nourrit de cette interpénétration de traits culturels et de réseaux et qui permet à chacun de vivre les coexistences à son rythme et comme il l’entend.

Ce matériel et nos réflexions nous renvoient à la notion de diffusion des traits culturels. Il conviendrait de promouvoir des recherches en ce domaine. L’histoire contemporaine nous. y invite.

Colette Pétonnet et Catherine Baix



[1Précisions par Eliane Daphy. Dans le cadre de la mise en archives ouvertes de l’œuvre de Colette Pétonnet, je souhaiterais mettre en ligne les textes de cet atelier. Car ce texte de présentation perd une partie de son intérêt si les textes évoqués ne sont pas accessibles… Les articles des auteurs qui fourniront l’autorisation seront déposés au cours du temps sur Hal-Shs… Il faudra donc au lecteur faire preuve d’un peu de patience. Quant aux auteurs refusant la mise en ligne en archives ouvertes, il faudra pour lire leurs textes essayer de trouver cet ouvrage en bibliothèque… Merci à l’Association française des anthropologues pour le don de l’exemplaire de l’ouvrage qui m’a permis de faire les scans, et pour l’autorisation de mise en ligne de l’ouvrage avec maquette.
Merci aux auteurs qui m’ont donné l’autorisation de déposer leur contribution en archives ouvertes sur Hal-SHS.
Certains auteurs n’ont pas pu être contactés. Leurs textes seront de façon provisoire accessibles sur cette page, dans l’attente de leur mise en ligne sur Hal-Shs. Merci aux internautes qui connaitraient les collègues concernés de bien vouloir leur signaler de me contacter.