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Circulez, y a rien à voir…

Auto-fiction du 31 février 0000

, par Eliane Daphy

Le 31 février, le facteur a apporté une lettre à Bécassine, petite bonne à tout faire, en provenance de Monsieur Directeur de son ancien laboratoire. La lettre causait du site de son ancien laboratoire, que Bécassine avait fait avec ses petits doigts ; Monsieur Directeur lui signifiait qu’ordre avait été donné au nouveau webmaster de supprimer sur le site de son labo le lien vers le petit site perso de Bécassine. Monsieur Directeur écrivait que le nouveau webmaster était un post-doctorant. Bécassine comprit la situation : un précaire, contre quelques vacations à tarif horaire minable, avait remplacé Bécassine au poste d’administration du site du laboratoire. Pourquoi un précaire ? se demanda alors Bécassine, prise - comme cela lui arrivait souvent - d’une crise de révolutionnaire-justice-socialite (maladie infantile). Pourquoi pas un membre statutaire (ingénieur, secrétaire, même chercheur), comme c’est le cas dans de nombreux laboratoires ? Bécassine trouva facilement la réponse : un précaire est malléable et soumis, il n’a pas le choix, il exécute les ordres sans discuter.

Bécassine avait été questionneuse, et remarqueuse, ce qui n’était pas convenable de la part d’une bonne à tout faire, même fonctionnaire.

Pour être crédible, comme il convient dans une auto-fiction du 31 février, il faut préciser quel était le lien supprimé sur le site du labo sur ordre de Monsieur Directeur. C’était un lien vers son petit site perso, que Bécassine avait mentionné sur la page perso d’Aglaë, co-fondatrice dudit laboratoire il y avait presque trente ans. Bécassine avait été membre de ce laboratoire dès sa fondation. Le Monsieur Directeur était arrivé récemment dans ce labo, dont il était devenu Directeur rapidement, avec le soutien des grands et des petits dieux de l’autrologie, et aussi avec le soutien de ses collègues, Bécassine comprise.

Le lien sur la page d’Aglaë renvoyait vers une rubrique du site perso de Bécassine, consacrée à la mise en archives ouvertes de l’œuvre d’Aglaë. Bécassine, en effet, continuait, malgré son changement de laboratoire, à valoriser l’œuvre d’Aglaë qu’elle admirait en la déposant en archives ouvertes. Bécassine avait d’ailleurs commencer à faire les archives ouvertes de son laboratoire sans aucune soutien de Monsieur Directeur, qui n’aimait pas les archives ouvertes.

Avant cet épisode, quand Aglaë était alors "rédactrice en chef" du site de son ancien laboratoire (quelle mascarade que ce titre pompeux…), ordre lui avait été donné de supprimer les pages internet concernant les anciens membres du Laboratoire, dont Bécassine avait pris l’initiative, soucieuse que le site qu’elle avait créé retrace l’histoire de son laboratoire. D’autres pages concernant les anciennes activités du laboratoire (journées d’études, listes de publications), avaient subi la même mise à la trappe. Dans ce laboratoire, toutes les modifications de personnel -très nombreuses- s’accompagnaient d’une suppression des pages des ex-membres (et non, comme cela aurait été techniquement possible, de leur transfert dans un dossier d’archives). Bécassine ouaibmaster rédactrice en chef ne pouvait pas non plus intervenir dans les pages persos des chercheurs, qui profitaient des possibilités du site pour mettre en ligne de nombreuses informations improbables. Bécassine avait dit un jour en conseil de laboratoire qu’elle n’était pas d’accord, et que les informations mises en ligne sur le site ressemblaient à un catalogue de ventes promotionnelles chez les voyous de la grande distribution : "Le client arrive pour acheter le lot de 10 yaourts à 1 euro, mais il n’y a jamais en stock. C’est de la publicité mensongère, et pas de la recherche scientifique". Bécassine avait été vertement sermonnée, et elle avait dû s’excuser pour cette petite sortie ironique. En punition, son scanner acheté avec l’accord de Monsieur Directeur n’avait pas été remboursé. 500 euros. Et toc !

Quand Bécassine a changé de laboratoire, la première intervention ordonnée par Monsieur Directeur à son webmaster précaire soumis et gentil a consisté à faire supprimer du site de son laboratoire toutes les pages (persos et autres) où le nom de Bécassine était visible.

Internet, parmi ses multiples usages, est devenu un lieu de mémoire, et les cimetières virtuels se multiplient, car "Les hommes ne meurent vraiment que lorsque disparaissent à leur tour ceux qui les ont aimés" (phrase à la une du site http://www.lecimetiere.net/).

La violence symbolique de cette "suppression" sur un site Internet est bien marquée par le vocabulaire de cette innovation, qui emploie le terme "rupture de liens". Pour réagir à cette disparition, Bécassine la bonne à tout faire a réalisé un petit montage à partir des affiches de mai 1968, accompagné d’un petit montage sonore…

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