Version augmentée d’un article mis en ligne sur le site des Assises de l’ethnologie, le 23 juillet 2007
Nous disposons, sur le thème "la place des femmes en anthropologie en 2007", d’un article très argumenté qui peut servir de base historique pour une analyse contemporaine.
Marie-Noëlle Chamoux, 1979, « Les Femmes dans l’anthropologie sociale en France : quelques points de repère », L’Homme 19(3-4), pp. 223-233 Consulter l’article en archives ouvertes sur Persée - accès libre
Il serait fort intéressant de mesurer l’évolution de la situation depuis 1979 (enquête de 1977), soit trente ans après.
Quelques données incitent à penser que loin d’évoluer, la situation a fortement régressé. Quelques exemples :
- Revue L’Homme
En 2006 (n° 177-178 janvier/juin), le Conseil de rédaction de la revue "de référence" de l’anthropologie L’Homme comporte 17 membres, dont 3 femmes.
En 2001 (n° 158-159 avril/septembre), 13 membres, 1 femme.
En 1982 (XXII/4, octobre-décembre), 8 membres, 1 femme…
A compléter
NB. Sources : pages de présentation de la revue (version "papier"), car la version en ligne évolue…
- Conseillers à l’ethnologie et ethnologues régionaux
Les informations sur le site de la Mission pour l’etnologie
donnent les statistiques suivantes
Conseillers sectoriels : 9 dont 1 femme
Correspondant pour l’ethnologie, Ethnologues régionaux et Ethnopôles : 6, dont 6 hommes.
Une petite anecdote personnelle. Peu de progrès depuis l’époque où j’avais présenté le concours (2 postes à pouvoir - en 1994 ou 1995 ?), où nous étions une forte majorité de femmes candidates (plus de 70%) et où tous les gagnants avaient été des hommes. A l’époque, quasiment 100% des 21 ou 22 postes de conseillers à l’ethnologie étaient des hommes (1 exception, de mémoire). Parmi les questions posées lors du jury oral, celle de ma disponibilité face aux horaires non-conventionnels et aux déplacements exigés par le poste, alors que j’étais mère d’une fille de 9 ans… J’avais eu à l’écrit des résultats supérieur à 15 de moyenne (parmi les meilleurs). Interrogé personnellement sur ce sexisme ahurissant après le concours, un des membres du jury (le président, me semble-t-il) m’avait fait cette réponse "il y a dans ce travail une importante partie de négociation avec les élus locaux, et une femme n’est pas crédible dans ce domaine…"
- CNU 20
En 2003, le bureau de la CNU 20 (mandat 2003-2007) était 100% masculin. Dans les 12 élus et nommés "de rang A" (c’est-à-dire professeurs ou directeur de recherche), 8 élus, 4 nommés, 100% d’hommes.
Dans le collège B (maitres de conférences et chargés de recherche), la proportion était de 6 femmes sur 10 (4 élues, 2 nommées) : mais le représentant au bureau était un homme… Voir la composition (en pdf) sur le site du Ministère de l’éducation…
Ce qui en faisait la seule section du CNU dans les 24 premières, soit "économie et gestion" et "Lettres et sciences humaines" n’ayant aucune femme au bureau, ni aucune femme de rang A.
Autre curiosité de cette section, un fort turn-over, dû à la promotion au grade de professeur de 5 élus de rang B (quatre hommes, une femme) pendant leur mandat.
Ce turn-over n’a pas favorisé la place des femmes dans cette section. En 2007, la CNU 20, comprend toujours 12 hommes de rang A, et dans les 11 membres de rang B, 5 femmes (2 élues - donc la moitié des femmes élues ont été remplacées par des hommes- et 3 nommées - donc une de plus).
- Section 38
On notera la forte proportion de femmes dans la composition de la section 38, 20 membres, dont 5 hommes (il faudrait pondérer avec les rangs A, B, C).
Jusqu’en septembre 2006, où le secrétaire scientifique de la section, devenu DSA (directeur scientifique adjoint) au département SHS du CNRS, a été remplacé par une femme, le bureau de la section 38 était composé de deux hommes (dont le président et le secrétaire scientifique), et trois femmes. Depuis, il est composé de quatre femmes (dont la secrétaire scientifique), et d’un homme (président).
Concours DR2 2007. 3 sur 4 des promus au grade de DR2 sont des hommes, alors qu’il y avait 20 femmes sur les 35 candidats admis à concourir… voir sur le site concours du CNRS
Concours CR1 2007 Admis à concourir, 30 candidats, 14 femmes, soit 46%. Admissibles 9, dont 3 femmes (33%) et 6 hommes (66%). Classés admis 1 femme, 1 homme. En tenant compte de la liste complémentaire, 1 femme, 3 hommes. voir sur le site concours du CNRS
Concours CR2 2007 Admis à concourir, 171, 9 NI (0,05%), 87 femmes (0,53%) et 75 hommes (0,46%) – pourcentage H/F hors non identifiés. Classés admissibles 19 candidats, dont 8 femmes (42%). Classés admis 3 femmes, 1 homme. En tenant compte de la liste complémentaire, 3 femmes, 4 hommes. voir sur le site concours du CNRS
Le % de femmes à concourir en CR2 est donc supérieur à celui en CR1 ; les résultats (hors liste supplémentaire) donnent un (petit) avantage aux femmes en CR2. Par contre, l’effet "plafond de verre" est très sensible dans les promotions en DR.
- Population des chercheurs de la Section 38
Sources : chiffres fournis par le rapport de conjoncture de la section 38, en ligne sur ce site (dans le pdf joint à l’article). Ces statistiques différent légérement de celles fournies par le rapport, dans la mesure où je n’ai pas pris en compte les 6 DREM (Directeurs de recherche ayant obtenu l’éméritat après leur départ à la retraite), tous des hommes. Dans une section où les femmes chercheures sont majoritaires (56%), on note le plafond de verre pour le passage en DR1 (0% de femmes), l’équilibre pour les DR2, et la plus forte proportion de femmes en CR2 (62%).
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- Postes de professeurs 2007
Sur le blog de Caroline Legrand [1], nous pouvons constater que sur les 5 postes professeurs à pourvoir, 4 ont été obtenu par des hommes. Dont Patrick Deshayes (élu rang B CNU sortante).
- Postes de maitres de conférences 2007
Toujours sur le blog de Caroline Legrand, nous pouvons constater que sur 7 postes, 4 postes ont été obtenus par des hommes (57%), alors que les femmes étaient très majoritaires dans les candidats classés. Plusieurs candidats perdants ont été classés sur plusieurs postes, d’ailleurs en majorité des femmes : 1 homme sur deux postes, 4 femmes sur deux postes, et deux femmes sur trois postes. Par contre, les candidats gagnants gagnants, à l’exception d’une femme, n’ont été classés gagnants que sur un poste… Sans tenir compte de ces doublons, mais en enlevant le candidat classé non-identifié, nous avons un total de 32 candidats, dont 9 hommes (28%) et 23 femmes (72%). En enlevant les classements multiples, nous avons un total national de 22 candidats, dont 7 hommes (32%) et 15 femmes (68%). Il semble donc que l’effet de sexe joue autant que l’effet de localisme.
- Elections CNU 2007, section 20 : la femme ne sera pas l’avenir de l’homme…
Sur la liste officielle SNESUP proposée pour les élections CNU20, en rang A, sur 8 candidats, 1 femme, en deuxième position ; en rang B, sur 8 candidats, 6 femmes, dont la tête de liste.
Sur la liste « Ethique du métier et développement de nos trois disciplines » (Liste présentée par des élus sortants SNESup, SNCS, et non syndiqués, comportant 6 élus sortants) [2], présentée sur le blog d’Alain Bertho (ex-élu rang B du mandant 2003, promu professeur, désormais candidat en rang A), 2 femmes sur 8 candidats en rang A, et 3 femmes sur 8 candidats en rang B (dont la tête de liste).
On est loin de la parité (7 femmes sur 16, et 5 femmes sur 16), et encore plus loin de la parité de rang. A voir ce que proposeront les autres listes…
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Chez Eliane Daphy


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