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2008.06.22 - Un jour j’ai fait un rêve sur les écoles doctorales et la transparence des thèses

Ou l’université Paris X Nanterre a mis en ligne le site de l’école doctorale "Milieux, cultures et sociétés du passé et du présent"

dimanche 22 juin 2008, par Eliane Daphy

Les rubriques sont les suivantes :

Actualités
Bourses et appels d’offre
Formation
Publications
Vos thèses
Présentation
Centres de recherche
Allocations de recherche

Le mail annonçant la mise en ligne du site précise :
« Vous pouvez ainsi accéder [sic] à certaines informations mais aussi contribuer à la diffusion d’autres ifnos [sic] vous concernant (publications, offre de séminaires, soutenances de thèses, ....).
Je vous conseille de visiter ce site et d’envoyer au plus vite tout renseignement susceptible de participer à sa mise à jour.
La personne responsable, jusqu’en septembre, de l’actualisation du site est Sophie Montel, doctorante à ARSCAN. Il suffit de lui envoyer les documents et elle les mettra en ligne. »

http://www.u-paris10.fr/ed.mcspp

- Commentaires elianedaphy Un jour j’ai fait un rêve

  • Une doctorante précaire pour faire le boulot, mauvais présage !
  • Je me prends à rêver que ce site soit un vrai site d’informations, et non un pseudo-site internet, dont l’objectif est de faire semblant de montrer pour mieux masquer.

Je me prends à rêver que la charte des doctorants soit mise en ligne sur le site (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui).

Je me prends à rêver que la rubrique "Thèses en cours" (actuellement vide) précise clairement qui est le directeur de la thèse, le statut du doctorant (allocataire, ATER, CDD dans une ANR, chargé de cours, ou étudiant travailleur), la date de l’inscription en thèse. Et même, soyons gourmande, le cursus de doctorant avant sa thèse (M2 - sous la direction de) ; les publications de doctorant ; ses activités et productions. Et encore mieux, le nombre de doctorants sous la direction de directeur de thèses. Si j’étais une romantique extrémiste, je rêverais aussi que soit limité le nombre de doctorants par directeur de thèse, et que dans nos sciences sociales et humaines, il soit pratiqué la co-direction de thèse, usage courant dans d’autres domaines scientifiques - ce qui permet au futur directeur d’apprendre son boulot. Qui sait, cela contribuerait peut-être à éviter les situations ubuesques de nos disciplines SHS, où co-existent des professeurs de première classe ayant dirigé une thèse (soutenue), et des maitres de conférences HDR depuis des années ayant dirigé de nombreuses thèses…
Je me prends à rêver que l’équipe de recherche ou le laboratoire d’affectation du doctorant soit précisée.
Je me prends à rêver que le doctorant soit renseigné sur la liste des personnels des laboratoires sur le Labintel du CNRS (ce qui est loin d’être systématique aujourd’hui).

Je me prends à rêver que la rubrique "Soutenances de thèses" soit composée de pages internet en permalien (lien internet URL permanent), et qu’elle comporte la date et le lieu de la soutenance (publiés à l’avance), la composition du jury -de tous les membres du- (fonction dans le jury, laboratoire, grade).
Bon bon, pas gagné, car pour le moment, cette sous-rubrique, qui ne comprend que deux entrées, n’indique rien à part la date de soutenance et le résumé. Et que bien sûr, je me prends à rêver que cette information en permalien reprenne les informations publiées dans la rubrique "Thèses en cours".

Je me prends à rêver que dès que le rapport de soutenance a été rendu, la thèse est déposée en bibliothèque universitaire, l’information relayée sur le catalogue SUDOC, le doctorant supprimé du fichier des thèses (ce qui est loin d’être systématique aujourd’hui).

Je me prends à rêver que la rubrique "thèses publiés", qui n’annonce que des ouvrages publiés en papier, ou pire "à paraître", propose pour toutes les thèses soutenues les liens OAI (Open archives initiatives) vers leur dépôt en ligne en texte intégral sur le serveur TEL. Et que ces thèses en ligne soit présentées dans une jolie collection "Ecole doctoratale TEl". ( Pour info, au 22 juin 2008, 42 thèses en ligne de l’Université de Paris X sur TEL).

Je me prends à rêver que la rubrique "publications des doctorants" renvoie à une liste de prépublications publiés en archives ouvertes sur Hal, ce qui éviterait que certains petits favoris de leurs directeurs chéris aient le privilège d’avoir un article publié dès leur M2, article réécrit avec une bienveillance occulte par ledit directeur mandarin (ou sa petite main secrétaire de rédaction invisible), directeur qui décide ainsi bien en amont des concours de la future carrière de quelques-uns, en détournant les règles de l’égalitarisme républicain académique.

Je me prends à rêver que, pour les collections où sont édités en papier les ouvrages des docteurs, le comité éditorial soit lisiblement publié. Cela pour éviter la tentation - trop humaine- à directeur de thèse de publier dans sa propre collection brillant jeune docteur. Candidat pré-sélectionné en dehors de la sélection par les pairs, à qui directeur permettra d’obtenir un poste, par le biais d’un sien copain [à directeur] membre de la section adhoc du Comité national, ou de la Commission de spécialiste. Sous le prétexte que "excellente thèse déjà publiée".

Je me prends à rêver que pour la rubrique "publications des enseignants" (annoncée mais à créer), nous disposions également pour chaque enseignant d’une liste d’articles en libre accès sur Hal, en version auteur, ce qui éviterait que certains mandarins ne fassent carrière sans jamais avoir appris à écrire dans un français conventionnel, sans jamais avoir pris la peine d’apprendre à faire des références bibliographiques correctes. Et qu’ils ne doivent leurs publications qu’au travail qualifié d’invisibles petites mains dites "secrétaires de rédaction" (dont certaines bénévoles ou précaires) qui font le boulot à la place desdits mandarins, trop occupés à tisser en coulisses leurs réseaux de pouvoir pour "perdre du temps avec ces balivernes" [1]

Je me prends à rêver que les HDR aient droit à un traitement identique (habilitation à diriger les recherches - nécessaire pour être promu au rang de professeur des universités, et dans une grande partie des sections du Comité national de la recherche scientifique, pour être promu au rang de directeur de recherche). Que la composition des jurys soit publié en permalien, et le document mis en ligne en archives ouvertes sur TEL.

Je me prends à rêver que l’université de Paris X Nanterre donne l’exemple, qu’elle soit à l’avant-garde, comme elle le fût en 1968, et qu’elle ait à cœur de mettre fin de l’intérieur aux dérives mandarinales qu’elle a subies. Que l’université de Paris X Nanterre prouve par ses bonnes pratiques que les sciences humaines et sociales sont bien des sciences, et que le népotisme n’a pas place chez elle.

Je reviendrai de temps en temps faire un tour sur ce site… mais je crains fort que mes rêves ne restent au stade de prières aux génies malins.

Quoi qu’il advienne, je vous le dirai, je vous le dirai.


[1Sic. Avril 2004 - Par collègue maitre de conférences évoquant les références de son HDR en cours de rédaction que j’étais chargée de "réviser" (resic). Collègue promu depuis professeur 1ère classe. En réalité, collègue a dit "avec ces putains de conneries", mais j’ai préféré atténuer dans le texte la grossièreté de la formulation. Non, l’HDR n’est pas en archives ouvertes, pourquoi ?

Messages

  • En tout cas à l’heure on on parle tant "d’évaluation" et de "transparence", ça pourrais faire un malheur (au propre et au figuré).

    Pourquoi ne pas imposer une carte des précaires du savoir ?

    SLR le proposera en priorité de ses revendications ? Après tout le naufrage du service publique et sa privatisation des secteurs "rentables" n’ont ils pas commencé avec le précartiat ?

    • Je ne sais si l’adoption de mes suggestions ferait un malheur… en tous cas, elle contribuerait à introduire un peu de transparence, et quelques grains de sable dans les rouages du mandarinat. La démocratie universitaire est quelque chose de beaucoup trop sérieux pour être confiée à de simples humains, sans le contre-pouvoir de la collectivité.

      Pour SLR et carte des précaires. Pourquoi me le demander sur ce site, qui est un site perso ? Plutôt que sur le site de SLR ? Je ne suis pas un dieu de SLR. Nous avons dans SLR un fonctionnement démocratique. Les adhérents de base proposent sur la liste d’échanges leurs idées, et si elles rencontrent l’adhésion, le conseil d’administration (20 élus - aucun permanent) examine comment les mettre en œuvre. Nous avons un site (SLR le site) où ce genre de suggestions peut être proposé : il suffit de faire un article et de le proposer, en s’inscrivant comme rédacteur, par "admi", puis s’inscrire (ici). Pour adhérer, la cotisation est de 5 euros pour les précaires pauvres. SLR est une association, elle est ce que sont ses membres. Si plus de précaires prenait la peine d’adhérer et d’intervenir, les précaires seraient sans doute plus pris en compte… La faute à qui, si SLR n’est pas porte-parole des précaires ? Des adhérents de SLR, en majorité des statutaires, qui se battent loyalement pour défendre la recherche publique, y compris en demandant des créations d’emploi ? Ou des précaires, qui délèguent leur lutte collective aux statutaires, sans s’investir dans un combat qui est le leur ?

      A cette suggestion "carte des précaires", je répondrai que la première difficulté que je vois vient… des précaires eux-mêmes. Dont certains mettent en ligne des blogs anonymes, sans CV, sans liste de publications. Qui dénoncent et râlent beaucoup, interpellent SLR comme si nous étions dieulepèrelefilsetlesaintesprit, mais ne sont pas prêts à s’engager ni dans l’association, ni dans un syndicat, ni dans un collectif de lutte. Qui pensent que sortir de leur anonymat leur ferait prendre des risques, et qui préfèrent militer chacun pour soi bien planqués derrière l’écran de leurs ordinateurs.

      Recenser les précaires, c’est une excellente idée, de mon point de vue. Point de vue partagé par les syndicalistes CGT et FSU. Il existe dans d’autres secteurs des collectifs de chômeurs CGT. Pourquoi ne pas envisager de faire à l’intérieur des syndicats de la recherche ce type de collectif ?

      Pourquoi ne pas vous lancer, en proposant cette initiative sur un article sur le site de SLR ? En proposant d’utiliser la structure "pétition" en la détournant, par exemple ? Ce n’est pas à moi de le faire, je ne suis plus précaire, je n’ai pas vocation à être la porte-parole des précaires.

    • On se demande souvent pourquoi il n"y a pas de syndicats de chômeurs (avec tous ces chômeurs). Les réponses sont les mêmes pour LES précaires des savoirs…

      1) les précaires du savoir n’ont pas de corporation (ou pas vraiment d’affiliation)
      2) ils sont débordés (vu qu’ils se tapent le travail de tout le monde en plus du leur, j’ai cru comprendre que tu en savais quelque chose)

      3) ils sont culpabilisés, le chômage reste un tabou, la précarité chez les savants ça fait tâche. Personne n’a envie de gâcher la fête de la science, devant ses collègues en disant “je suis précaire depuis 10 ans dans ce labo qui participe au grenelle de l’insertion”.

      4) ils passent de manière transitoire d’un lieu de travail ou d’exploitation à l’autre avec des périodes de chômage…

      Plus spécifiquement et pour répondre à ta question sur nos divergences de positions, pas mal de gens à SLR se sont compromis avec l’ANR et l’AERES, ils n’ont pas (ou pas vraiment) bougé quand l’université à été attaquée (LRU). Je l’évoque dans mes (dernier et prochain) billets. Ensuite je me vois pas aller à des réunions avec des mandarins ou leurs séides, leur balancer leurs vérités à la gueule, style oui Mr Untel mais dans votre labo, les stagiaires ? A quoi ça me mènera. Tu sais aussi bien que moi comment on flingue les gens dans le milieu.

      Petit quizz :

      “tu vas te griller” “c’était bien ce que t’a dit, j’en pensais pas moins”

      Alors, qui a plus de chance d’être recruté celui qui dit ces phrases ou celui qui les entend ?
      Pas évident je te l’accorde.

      Sinon je ne pense pas que nous cherchions unE porte parole.

      Enfin, j’ai répondu à tes commentaires sur mon blog d’anonyme au goût amer de longue plainte de défaite acceptée (moi aussi je me sens visé parfois)…
      Bien cordialement,

      Voir en ligne : http://precairedusavoir.over-blog.com/

    • C’est vrai, le chomâge fait tâche. Il colle la honte aux statutaires, alors ceux-ci renvoient cette honte sur les galériens. Les statutaires préfèrent ne pas connaître les conditions de vie de ceux qui travaillent à leurs côtés, qui apportent leurs contributions aux fonctionnements de leurs laboratoires. Ce sont les invisibles. Quelle solidarité manifestent les collègues statutaires quand un.e chercheur.e hors-statut se retrouve dans une situation d’exploitation ? Quelle solidarité à attendre par exemple des sociétés savantes, qui sont nombreuses à exploiter des précaires aux postes (bénévoles ou sous-payés) de secrétariat de leurs associations ?

      Un exemple : j’ai travaillé plus d’un an à plein-temps pour faire le bouquin d’hommage collectif au co-fondateur de mon laboratoire. Payée au black en missions matériel (moins du smic horaire), pour la relecture et la correction des articles, la maquette du bouquin. Alors que j’étais aux Assedics, après la fin d’un contrat (appel d’offres du ministère de la recherche). Pourquoi j’ai accepté ? Parce que la directrice du laboratoire me promettait de demander un poste d’ingénieure d’études CNRS, et qu’elle me disait que je devais solidifier mon dossier qui était "trop chercheure". Parce qu’elle me disait que j’avais besoin de sécurité pour finir ma thèse, et qu’être ingénieure d’études au CNRS m’apporterait le confort moral dont j’avais besoin. La directrice a bien demandé le poste au CNRS ; la direction du département SHS du CNRS lui a proposé une ingénieure par mutation interne, et la directrice a immédiatement accepté. Elle pensait sincèrement qu’elle ne pouvait pas faire autrement - quand nous en avons reparlé, longtemps après, elle évoquait cet épisode comme si elle avait été une petite fille qui ne pouvait pas désobéir à son papa. Elle disait "je ne pouvais pas refuser, tu comprends, Eliane, et je savais bien que XX était une vraie catastrophe. Mais je devais sauver le laboratoire, tu comprends, nous n’étions pas assez nombreux comme CNRS. Toi, je connaissais tes grandes qualités d’ethnologue sur le terrain, ton énergie, tes grandes connaissances encyclopédiques, ta curiosité, je savais que tu t’en sortirai toujours, tu étais si forte. Tu étais une des meilleures élèments de mon laboratoire". (l’autre meilleur, docteur sans poste, est mort sur la route en sortant d’un virage, après avoir été jeté comme un malpropre du concours chercheur CNRS). Résultat : je me suis retrouvée allocataire solidarité (en fins de droits Assedic), je me suis enfoncée en faisant des petits boulots bureautique au black pour les collègues, en courant partout pour donner des cours d’ethnologie dans les écoles d’infirmières et de travailleurs sociaux, à l’université. Des cours mal payés, souvent sous forme d’"honoraires" donc ne comptant ni pour le chomâge, ni pour la retraite, ni pour la reconstitution de carrière (cours pour l’assistance publique et le ministère de la justice). Je me demandais tous les jours si j’allais réussir à payer mon loyer, la cantine de ma fille (que j’élevais seule).

      Les collègues statutaires n’ont rien dit, rien vu. Alors que j’avais un nombre honorable de publications (on peut aller voir en ligne, une partie des publis sont en archives ouvertes, même les plus amicaux des collègues ont laissé dire les chefs et leurs valets, qui me répétaient "dommage que tu n’aies pas publié", "dommage que tu n’aies pas fini ta thèse", "dommage que tu ne fasses pas vraiment de l’ethnologie urbaine". Pour la thèse, c’était vrai, mais pas pour les publications. Et pour l’ethnologie urbaine : quel gag c’était de me parler de discipline pour disqualifier mon travail, alors que personne n’a jamais été capable de déterminer clairement ce qu’étaient les méthodes, les objects, et les concepts de cette sous-discipline. Le pire était, je m’en suis rendu compte bien après "quel dommage que tu te disperses", énoncé par des collègues qui écrivaient dix fois le même article sous des formes un peu différentes dans des supports différents (non, leurs articles ne sont pas en archives ouvertes, pourquoi ?).

      Quand 9 ans après, j’ai intégré enfin le CNRS comme ingénieure d’études 2e classe, le plus ironique de cette histoire glauque, c’est que j’ai été obligée sur ordre du nouveau patron de faire le boulot que les ingénieures d’études du laboratoire, au nombre de deux, puis de trois, toutes "ingénieures-chercheurs" -celle qui avait obtenu ce poste dont la nécessité avait été prouvé par mon travail au service du laboratoire et qui a passé son temps jusqu’à sa retraite à faire ses recherches personnelles et sa thèse (2 articles & 2 compte-rendus en 12 ans - thèse soutenue après son départ en retraite) ; celle qui faisait un peu de secrétariat-gestion (car pas de secrétaire dans le laboratoire) et beaucoup de très bonnes recherches personnelles (elle est devenue chargée de recherche, son travail est vraiment bien) ; et ensuite, celle qui écrivait des bouquins grand public sans bibliographie (et qui a été détachée comme chercheur pendant 5 ou 6 ans alors qu’elle n’avait ni thèse, ni formation en ethnologie, ni article dans des revues scientifiques). Je me suis cogné de faire le site web du labo, le rangement et l’informatisation de la bibliothèque devenu ’centre de documentation", la banque de données des productions du laboratoire depuis sa création. Sous la direction d’un directeur caractériel et violent, qui me faisait peur en me hurlant qu’il allait me poursuivre pour faute professionnelle si je continuais à discuter avec mes collègues ingénieures des labos voisins (qui m’apprenaient en quoi exactement aurait dû consister mon boulot de documentaliste). Tous les collègues le soutenaient, ils ne voyaient pas ce que je subissais, parce que le mandarin directeur les achetait à coups de matériels neufs et de missions. Ou en les aidant à publier dans ses réseaux, à obtenir des appels d’offres. Tous mes collègues du laboratoire se sont tu, ils ont préféré ne pas voir ce qui se passait dans leur propre laboratoire, aucun ne m’a soutenue. Sauf quelques hors statuts et docteurs sans allocatiion, par derrière, car me soutenir en public leur aurait valu l’exclusion du laboratoire, alors même qu’être membre d’un laboratoire, pour un hors statut, est la condition obligatoire de la survie. Cette appartenance à un laboratoire permet d’obtenir quelques informations, et de se maintenir dans l’espoir d’obtenir quelques médiocres gratifications (une petite part du gâteau, contre de gros services), et d’avoir un jour futur un poste.

      Aujourd’hui, j’ai changé de laboratoire. J’ai 56 ans, je gagne 1740 euros par mois, je n’ai pas de perspective d’évolution de carrière, mes années de travail pour la recherche et l’enseignement supérieur n’ont pas été prises en compte par le CNRS (aucune reconstitution de carrière), j’ai été mise tricarde dans ma communauté scientifique d’origine, dans laquelle le mandarin tient une place importante (membre du CNU, du Comité national CNRS, de l’AERES, de l’ANR, directeur de collection, comité de rédaction… - et bien sûr, parmi les directeurs démissionnaires SLR de 2004). Et j’ai décidé de continuer à ne pas me taire, même si l’on dit de moi que je suis folle, inadaptée sociale, et que je mets en danger la survie du CNRS. Parce que dans les laboratoires du CNRS, il y a plus de gens malheureux, honteux, contraints au silence, que de gens heureux et fiers. Academic shame !

      J’ai écouté beaucoup de collègues me raconter leurs expériences, j’en ai vu beaucoup "formatés" par le système, oublieux des années de galère, qui acceptent les violences. Statutaires parce qu’ils espèrent une petite promotion, hors statuts parce qu’ils espèrent la reconnaissance symbolique et une irréaliste intégration.

      Quand j’entends aujourd’hui des responsables SLR nier l’existence des rapports de domination et d’exploitation dans les laboratoires, ne parler que de soutenir les "jeunes chercheurs" (d’excellence, toujours), les seuls dans la galère "à cause de l’ANR", je sais qu’ils nient l’existence de tous les invisibles, jeunes et moins jeunes, qui sont aujourd’hui nombreux en perdition dans les labos, en train de subir la destruction massive de leurs capacités de chercheurs, pour le plus grand bien des quelques statutaires soumis qui font de brillantes carrières (ou de petites carrières confortables), contre leur allégeance au système mandarinal, et, qui dès qu’ils en ont le pouvoir, à leur tour, reproduisent le système en se comportant en mandarins.

      J’ai compris que les responsables SLR connaissent cette situation - ils ont lu tellement de messages dénonçant le fonctionnement mandarinal ! ils savent réfléchir… -, je sais qu’ils ne sont pas tous mandarins, qu’il en est certains même pour qui la précarité est un vrai combat et pas uniquement une manière de promouvoir leur carrière politique, au parti socialiste ou dans les instances de la recherche. Mais ils font comme ils peuvent, ils sont impuissants, ils sont dépendants de leur histoire, liés par de vieilles amitiés auxquels ils sont fidèles. Face aux compromissions de certains responsables de SLR opportunistes (ANR & co), il faut aux hommes justes se taire. Pour assurer la reproduction de l’association, ils doivent continuer à soutenir publiquement leurs collègues SLR pro-système (par opportunisme ? parce qu’ils ne souhaitent que continuer à avoir de bonnes places dans le système ?).

      Et le silence de ces justes de la première heure, pour nous les invisibles des laboratoires, est d’une grande violence.

      Esclaves, il nous faudrait être capables de nous relever, de sortir de notre dépendance, de nous réapproprier le discours sur la précarité que nous vivons. Apprendre à travailler ensemble, pour arriver à nous faire entendre, sans laisser les statutaires (syndicats, SLR, SLU…) nous confisquer jusqu’à notre parole et notre existence, en parlant en notre nom.
      Il n’est pas question de se battre contre les grands statutaires, mais d’exiger la reconnaissance de notre existence, et leur solidarité. Pas en paroles, en actes. Ce n’est pas aux hors-statuts d’être solidaires des statutaires ; c’est aux statutaires à changer de pratiques et de discours. C’est à eux de participer, aux côtés des précaires, à l’amélioration du milieu de travail élitiste et destructeur qui est le nôtre, celui de la recherche et de l’enseignement supérieur.

  • Salut,

    Je me prends a rêver pour ma part, de parvenir à publier sans mettre le nom de mon directeur sur trois articles sur lesquels je travail depuis 6 ans.

    Ces articles ont passés trois ans en expertise dans deux revues après plusieurs modifications, on ma bien laissé entendre que je ne passerais pas sans le sesame.

    Naturellement, mon directeur (super à gauche) signe régulièrement des travaux auxquels ils n’a pas contribué dans les meilleurs revues de ma discipline.

    Et comme de juste, il est de toutes les commissions et compromissions syndicales, toujours dans le sens du vent...

    VV

    • A chaque discipline et à chaque domaine scientifiques son mode de production, ses spécificités, ses caractéristiques…
      La co-signature (abusive ?) n’est guère l’usage dans les disciplines que je fréquente. Que vous répondre ? Travailler sur des articles depuis 6 ans ? Vous êtes chercheur ? post-doctorant ?
      Pourquoi ne pas essayer de changer de directeur ? De mettre vos prépublications d’articles en ligne en archives ouvertes sans le nom de votre directeur ?

      Un petit conseil de la "scientifique molle" : apprendre à écrire en français conventionnel. Parce que quand même, il y a beaucoup de fautes en quelques lignes…

      Quant aux attaques "super à gauche" et "compromissions syndicales". Oui, dans le monde académique, il y a des pourris de gauche. Oui, il y a des pourris dans les commissions, et oui, encore, certains syndicalistes sont glauques.
      Mais non, tous les syndicalistes ne sont pas pourris, et tous les directeurs "super à gauche" ne sont pas des ordures.
      Le mandarinat n’a aucune relation avec les opinions politiques. Et qeu veut dire "super à gauche" ? A la LCR ? Ou chez les socialistes modèle "la LRU, et l’ANR, c’est très bien".
      Le jour (proche) où il n’y aura plus de syndicalistes dans aucune commission, les dérives mandarinales cesseront-elles pour autant ? Sous prétexte de mettre fin aux pouvoirs des syndicalistes super à gauche, c’est tout le système scientifique d’évaluation par les pairs qui est en train d’être foutu en l’air. Pensez-vous que des nommés par le pouvoir politique auront des pratiques plus propres ?
      N’y a t-il pas d’autre moyen plus efficace de faire changer les choses que celui d’écrire des messages anonymes dans des forums ? En se vautrant complaisamment et anonymement dans son petit malheur ?
      Ne serait-il pas plus constructif, par exemple à l’intérieur de son laboratoire, de faire agir l’assemblée générale ? Ne peut-on pas se syndiquer -l’offre existe, il n’y a pas un syndicat unique- pour essayer de faire changer de l’intérieur les syndicats ? Enoncer les dérives est une chose, les combattre une autre.
      Dans mon articles, je propose quelques solutions concrètes, sur un site particulier. Vous ne proposez rien, qu’une longue plainte, au gout amer de la défaite acceptée.

    • A chaque discipline et à chaque domaine scientifiques son mode de production, ses spécificités, ses caractéristiques…
La co-signature (abusive ?) n’est guère l’usage dans les disciplines que je fréquente. Que vous répondre ? Travailler sur des articles depuis 6 ans ? Vous êtes chercheur ? post-doctorant ? Pourquoi ne pas essayer de changer de directeur ? De mettre vos prépublications d’articles en ligne en archives ouvertes sans le nom de votre directeur ?


      VV : "pas de valeure académique sans evaluation des “PAIR”
      Tout petit milieu…"


      Un petit conseil de la "scientifique molle" : apprendre à écrire en français conventionnel. Parce que quand même, il y a beaucoup de fautes en quelques lignes…


      “Damned c’était donc ça"


      Quant aux attaques "super à gauche" et "compromissions syndicales". Oui, dans le monde académique, il y a des pourris de gauche. Oui, il y a des pourris dans les commissions, et oui, encore, certains syndicalistes sont glauques. 
Mais non, tous les syndicalistes ne sont pas pourris, et tous les directeurs "super à gauche" ne sont pas des ordures.


      "C’est pas moi qui, le dit ce me semble…"


      
Le mandarinat n’a aucune relation avec les opinions politiques. Et qeu veut dire "super à gauche" ? A la LCR ? Ou chez les socialistes modèle "la LRU, et l’ANR, c’est très bien".



      "A gauche, tendance caviar, tendance mai 68,
      tout le monde se tutoit coco… Si ça ne vous parle pas c’est pas le cas de tout le monde..."


      Le jour (proche) où il n’y aura plus de syndicalistes dans aucune commission, les dérives mandarinales cesseront-elles pour autant ? Sous prétexte de mettre fin aux pouvoirs des syndicalistes super à gauche, c’est tout le système scientifique d’évaluation par les pairs qui est en train d’être foutu en l’air. Pensez-vous que des nommés par le pouvoir politique auront des pratiques plus propres ?



      "NON, pas dit ça non plu"


      N’y a t-il pas d’autre moyen plus efficace de faire changer les choses que celui d’écrire des messages anonymes dans des forums ?


      "J’ai pas dit ça non plus, mais je pense qu’on trouve des réponses géniales dans votre message".


      En se vautrant complaisamment et anonymement dans son petit malheur ?


      "ho Oui ! mais c’est bon…"
      "Nan chuis tro bète, j’écris tro mal en +. Mais je reviendrais plus me plaindre ici, c promis"


      
Ne serait-il pas plus constructif, par exemple à l’intérieur de son laboratoire, de faire agir l’assemblée générale ?


      "ben voyons, précaire dans trois structures, payé de temps en temps je vais aussi me taper les assemblés (ma structure principale, celles ou les decisions sont prises sont reversés au statutaires, jet e rassure ils ne sont pas à SLR, c’était donc ça camarade" ?


      Ne peut-on pas se syndiquer -l’offre existe, il n’y a pas un syndicat unique- pour essayer de faire changer de l’intérieur les syndicats ?


      "Voui bien sûr encore les syndicats,une petite adhesion et hop de du papier dans la boite jusqu’a la fin de tes jours… Si les gens n’adhere pas c’est la fautte des gens qui n’on rien compris et se plaignent tout le temps…

      Il y a une chose qu’il faut bien vous mettre dans la tète : nous ne sommes pas comme vous. Les statutaires sont le relais des institutions ET organisations qui nous oppriment. Qui rest le refeent du vacataire, celui qui missionne le précaire, allo" ?


      Enoncer les dérives est une chose, les combattre une autre. 
Dans mon articles, je propose quelques solutions concrètes, sur un site particulier. Vous ne proposez rien, qu’une longue plainte, au gout amer de la défaite acceptée.


      "Maintenant je la trouve super votre solution en ligne, c’est ce qui m’a pousé à écrire ici et pardon pour l’orthogrzph, excuser moi, pardon pardon"

      Sinon vos petites piques donnent vraimment envie et de participer à vos réponses super sympas (pis pas longues) excusez moi de vous déranger dans votre super solution qui ne concerne que dix clampins sur internet… C’est sûr que vos syndicats le ferons massivement appliquer un jour…


      VV

  • Message de la part de candidats malchanceux en ethno ayant essayé de faire bouger les choses pendant les assises de l’ethnologie.

    BRAVO.

    Vraiment, tu sembles avoir pensé à (presque) tout.

    Il suffirait ensuite de rajouter un code de déontologie pour les commissions de spécialistes et les jurys de recrutement, qui préciserait les conflits d’intérêt, pour que respire les SHS (et donc l’ethnologie). Merci.

    Nous parions que personne ne va te répondre.

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