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2008.07.12 - Humble aveu (1). A propos des CDD et de la précarité

il y a parfois sur le site SLR des propos que je ne comprends pas bien

samedi 12 juillet 2008, par Eliane Daphy

En réponse aux interpellations de mes potes les précaires sur mon avis sur certains propos que l’on trouve sur le site SLR.

Un exemple, tiré du forum de l’article "Appel : "Nous nous engageons pour la recherche et l’enseignement supérieur", à la une du site depuis sa publication le 25 juin 2008 (62 messages dans le forum et 13746 signataires en date du 12 juillet 2008).

Je colle les trois messages successifs

1. Nos revendications sont-elles utiles ?

27 juin 2008

J’ai signé. Je regrette néanmoins que le collectif ne réclame pas une gestion simplifiée des moyens alloués à la recherche. Nous ne pouvons pas économiser pour investir dans nos laboratoires, ni recruter de CDD, les règles comptables nous étouffent et l’annualisation des comptes nous pousse au gâchi ! Quand aux directeurs de recherche et aux professeurs, en dépis de leur expérience et de leurs qualités scientifiques démontrées -ils n’occuperaient pas ces postes sinon-, ils sont contraints à des tâches administratives d’une lourdeur insupportable. Et le CNRS n’est pas étranger à cette situation !

-* 2. Nos revendications sont-elles utiles ?

29 juin 2008, par Emmanuel Saint-James

L’urgence du moment est de s’opposer à des réformes autoritaires qui ne cherchent pas à savoir quelles sont les raisons profondes des difficultés des scientifiques de ce pays. Vos remarques sont tout à fait justes, et la pénurie de moyens matériels et humains a en effet débouché parfois sur des situations inadmissibles à l’intérieur du CNRS. Mais l’heure n’est pas encore à énoncer des contre-propositions, qui d’ailleurs l’ont déjà été pour une bonne part en 2004, l’heure est d’abord d’obtenir d’être entendu.

-* 3. Nos revendications sont-elles utiles ?

2 juillet 2008, par elianedaphy

Ne pas pouvoir recruter de CDD ?

J’espère bien que la revendication "pouvoir recruter plus facilement des CDD grâce à une gestion simplifiée" ne deviendra jamais une revendication de SLR.

Pouvoir recruter, et aussi licencier ? Et aussi, fixer librement les salaires et les temps de travail ?

Plus joli en image




Le problème, bien sûr, est la réponse (n°2), par Emmanuel Saint-James, membre de SLR. Qui répond à l’anonyme qui se plaint : « Nous ne pouvons pas […] recruter de CDD dans nos laboratoires » par « urgence du moment est de s’opposer à des réformes autoritaires », une des multiples variantes de l’argumentation politiquement correcte SLR. Plus ahurissant - et je dois avouer, affreusement démoralisant, de mon point de vue - est la suite de la réponse d’Emmanuel Saint-James où il affirme son accord avec le point de vue : « vos remarques sont tout à fait justes, et la pénurie de moyens matériels et humains a en effet débouché parfois sur des situations inadmissibles à l’intérieur du CNRS » et encore plus stupéfiant la partie finale du message, où Emmanuel Saint-James poursuit par « contre-propositions, qui d’ailleurs l’ont déjà été pour une bonne part en 2004 ». J’avoue que je n’ai pas été relire le texte produit par les états généraux de 2004. Sans doute parce que j’avais peur d’y trouver en effet cette revendication « pouvoir recruter plus facilement des CDD [au CNRS] grâce à une gestion simplifiée » et d’avoir ainsi la preuve que le grand mouvement anti-précarité, qui avait jeté dans la rue des milliers de précaires, de personnels de la recherche aux côtés des chercheurs et des responsables des laboratoires, et dont j’avais été une militante active, avait produit un texte sans aucun rapport avec les revendications à l’origine du mouvement SLR. Donc, n’est-ce-pas, SLR verra plus tard, quand l’urgence sera dépassée, comment répondre aux questions posées. Défausses par des excuses, il faut bien le dire, assez piteuses, puisque par définition l’urgence n’est qu’une manière d’évaluer les actions dans le temps et de définir des priorités. L’urgence peut devenir un mode de fonctionnement permanent, repoussant toujours à plus tard ce qui n’est pas décrété comme étant l’urgence. En 2004, certaines questions n’étaient pas urgentes ; en 2008, elles ne le sont toujours pas. Qui définit les critères de l’urgence ? Et dans quels objectifs ? Pour qui n’est-il pas urgent, par exemple, de trouver des réponses aux dysfonctionnements des concours d’entrée (universités, établissements de recherche) ? Pour les candidats ? Pour les statutaires ? Pour les membres des jurys des concours ?
J’ai écrit une petite réponse : « J’espère bien que la revendication "pouvoir recruter plus facilement des CDD grâce à une gestion simplifiée" ne deviendra jamais une revendication de SLR. »
Aucun autre responsable de SLR n’a complété.
Je sais que si on leur posait la question, les responsables SLR répondraient sans doute par "pas le temps d’aller sans arrêt répondre aux messages sur le site", voire par le fait que le site est malcommode, et ne permet pas de trouver rapidement les nouveaux messages. Ce qui est vrai… mais. Des améliorations du site de SLR sont nécessaires, c’était déjà dit dans les AG de 2006, puis de 2007, puis de 2008. Sans doute ne sont-elles pas urgentes ? (Si j’avais l’esprit tordu, je penserai qu’améliorer le site ne sera jamais une urgence pour SLR, car les défauts du site ont le double avantage de permettre des excuses faciles, et de maintenir une opacité… Passons rapidement.
Je me demande aujourd’hui si je n’aurai pas mieux fait d’écrire à la place de « j’espère » : « je regrette » ; et à la place de « ne deviendra jamais » : « est devenue en automne 2004 ».

Je me demande si la signification de cet assourdissant silence ne serait pas à trouver dans les actes ?
Depuis 2004, les chefs de SLR, qui occupent en majorité des postes de responsables, n’auraient-ils pas en effet déjà embauché des dizaines de chercheurs CDD pour leurs différents projets (via le CNRS, l’ANR, les autres agences de moyens, les contrats européens) ?
Leurs laboratoires, comme tous les autres laboratoires, fonctionnent sans doute déjà sur l’embauche contractuelle à durée délimitée de milliers de chercheurs sans poste, qui sont envoyés droit dans le mur après la fin de leurs contrats ?

« J’espère bien que » aura été mon dernier message sur le site SLR de militante active. J’ai démissionné du CA (Conseil d’administration) de cette prestigieuse association (le 3 juillet).

Messages

  • pathétique : la militante qui ne s’était pas rendu compte !

    l’ingénieure d’études ex-précaire pense être crédible quand elle écrit qu’elle ne savait pas que SLR ne fait rien pour les précaires ?

    qui donc a proposé une super agence pour financer les recherches - avec un autre nom que l’ANR, mais c’était le même modèle ? Ce n’est pas SLR, peut-être, dans le texte des états généraux de 2004 ?

    qui refuse de faire une analyse des magouilles pour les concours ? qui fait des leçons de morale sur son site à ceux qui osent écrire que le système est pourri ? en répondant aux questions par "urgence de sauver la recherche et de faire la prochaine manif avec nous" ? ce n’est pas SLR, peut-être ?

    un petit exemple : le localisme
    le texte d’Olivier Godechot et Olivier Louvet "Le localisme dans le monde académique : un essai d’évaluation" a été signalé sur le site de Sauvons l’université SLU, http://www.sauvonsluniversite.com/spip.php?article393
    essayez donc de le trouver sur le site de SLR. Il n’y est pas, du moins bien visible dans la partie "contributions" du site.

    Ce que l’on trouve sur le site de SLR, ce sont des justifications du localisme. "Un bon candidat local vaut mieux qu’un mauvais extérieur", cherchez-bien, sur le site de SLR, vous trouverez beaucoup de plaidoiries pro-localisme.

    Et les messages de ceux qui dénoncent les concours bidons n’ont jamais de réponse, sauf "ce n’est pas l’urgence, il faut venir manifester demain pour le CNRS, etc".

    • Franchement, je vous trouve un peu dur...

      La personne a qui vous vous adressez
      1) a démissionné

      2) fait des propositions concrètes pour mettre en lumière la précarité dans la recherche

      3) fait partie des statutaires qui prennent des positions (comparé à la masse qui ne dit mot et consent à tout....)

      SLR a fait bien du mal au mouvement des chercheurs, la désaffection qu’ils connaissent ainsi que l’affaiblissement de notre capacité à nous mobiliser autrement que par pétition en est le signe.

      Si SLR défendait les plus faibles et la majorité des chercheurs ces débats ne se poseraient pas ici ou ailleurs.

      Nous n’avons pas besoins de faire des procès aux individus, nous avons besoins d’agir et c’est pour cela que nous nous constituons en collectif.

      Avrel

      Voir en ligne : http://precairedusavoir.over-blog.c...

    • et pour info : c’est Olivier Godechot & Alexandra Louvet, ceux qui ont lut le texte en question auront réctifié d’eux mêmes.

      Avrel

    • Merci Avrel pour ton soutien. Après tout, même si c’est très désagréable à lire, l’anonyme a bien raison de m’exprimer sa hargne. C’est vrai que j’ai été pathétique en me lançant dans l’aventure du CA de SLR sans faire une analyse distanciée des contradictions internes au mouvement, que de nombreux collègues statutaires comme précaires avaient bien mis à jour. C’est vrai que j’ai été grotesque est répétant sans réfléchir les discours convenus SLR : "urgence, feu au lac, il faut nous battre ensemble". Ceci dit, ce serait quand même plus sympa que désormais cette hargne ne se déverse plus sur moi (après la reconnaissance publique de mes erreurs) par des messages sur mon site.
      S’il vous plait, cher anonyme, allez-donc écrire votre rage sur le site de SLR (oui, je sais, censure & leçons de morale, je n’y peux rien).

      Collectif dans SLR ou en dehors de SLR ? Avec quels objectifs ? Adopter les pseudo-analyses de SLR "jeunes chercheurs précaires, la faute à l’ANR" ou essayer de comprendre les raisons structurelles de la précarité dans la recherche. Et faire ce boulot entre précaires en toute indépendance des syndicats, de SLR, de SLU, ou avec la vice-présidente de SLR ex-précaire invitée permanente ?

      L’avenir nous le dira, demain sera un autre jour.

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