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2008.07.14 - Rendre lisible les hors statuts de la recherche : une proposition pour les publications

lundi 14 juillet 2008, par Eliane Daphy

On entend dire et on peut lire par çi par là beaucoup de choses concernant les précaires de la recherche et de l’enseignement supérieur. Terme qui désormais remplace celui de "hors-statuts" employé dans les années 1970-1980. Par exemple, on entend dire qu’il est impossible d’avoir une idée précise du nombre des précaires des laboratoires CNRS. On entend dire que l’augmentation de la précarité est récente ; on entend même regretter par des responsables syndicaux cette l’impossibilité de quantification.

Dans les textes de Sauvons la recherche, depuis 2004, sont évoqués les jeunes chercheurs. Toujours jeunes, et toujours chercheurs. A se demander si être chercheur hors-statut ne permet pas de bénéficier d’une éternelle jeunesse ? [1]

Aujourd’hui, une petite proposition simple comme tout, et qui serait très efficace.

Je propose que dans les différents endroits où sont visibles les publications, dans les listes sur les sites web, dans les rapports d’activités, dans les articles, la mention "hors-statut" soit clairement indiquée. En mettant par exemple en rouge et en gras le nom du hors-statut. On pourrait même imaginer un petit logo à rajouter à côté du nom.
Déclinaison radicale de la proposition, pour les collègues statutaires qui sont de grands et sincères combattants anti-précarité. Je leur propose de s’engager à ce que soient supprimées des rapports d’activités de leurs laboratoires (en création ou renouvellement) 100% des publications où l’un des auteurs est hors-statut.

On notera que cette demande de quantification de la production des hors-statuts est faite par l’AERES pour les laboratoires de recherche de la vague D.

- Démonstration (première partie)

Pour montrer l’efficacité des cette mesure, je prendrai pour l’exemple de tous les rapports d’activités de mon ancien laboratoire, depuis sa création en 1989, en mettant en rouge le nom des hors-statut dans la liste des publications. Et en orange le nom des "chercheurs associés" qu’ils soient présentés comme tels ou non dans le rapport (retraités, chercheurs avec double appartenance), ainsi que le nom des chercheurs-amateurs qui n’ont pas la recherche pour activité rémunérée (prof du secondaire, ingénieur d’études, chargé de mission).
J’émets l’hypothèse que cette proposition me vaudra une volée de bois vert des collègues statutaires qui sont actuellement en train de lutter contre l’évaluation bibliométrique. Pourquoi ? Parce que sera mis en lumière les caractéristiques d’un système que tous les statutaires pratiquent, et qu’ils préfèrent ignorer ou taire. Système que tous les hors-statuts essaient de comprendre, et qui est particulièrement difficile à analyser pour eux, d’une part parce qu’étant à l’intérieur du système il leur est difficile de distancier, et d’autre part, parce qu’étant dans la position instable d’intérieur/extérieur, ils n’ont pas toutes les clés pour analyser.
Quel serait donc ce secret de polichinelle réservé aux hautes castes des laboratoires ? Il est simple : la recherche dans certains laboratoires repose en grande partie sur les productions des non-statutaires. Cela ne date pas de 2005 avec l’invention de l’ANR, c’est un trait structurel du système.

Je sais déjà (pour l’avoir vécu depuis longtemps à de nombreuses reprises) qu’une telle analyse sera inacceptable pour les statutaires (la majeure partie ? tous ?)- syndicalistes et SLR compris. Je sais que leurs réponses à mes questions sera l’esquive, et qu’ils n’hésiteront pas à me disqualifier, à dénigrer mes analyses et questions, comme ils le font dans les forums du site SLR et sur les blogs des chercheurs hors-statut. Je sais que je serais traitée de limite puante front national, d’alliée objective de Sarkozy et Pécresse (les saboteurs de la recherche), de pourrie, de caractérielle.
Je sais qu’au mieux, il me sera répondu que le cas de ce laboratoire est spécial, que le cas de sa discipline est spécial (ethnologie), que le cas des SHS est spécial… et donc que mon exemple n’a aucune valeur. Je sais aussi que je répondrai par : "spécial" ? J’aimerai beaucoup que vous me proposiez un contre exemple, pourquoi pas un laboratoire de physique ou de biologie ?
Parce qu’entre le discours moral de tous ceux qui me répètent que "le cas de mon labo est spécial" (et donc que ce que j’ai vécu comme précaire pendant 23 années n’a aucune valeur car ce n’est pas généralisable) ou les ricanements hautains de ceux qui me disent que "c’est partout pareil", le résultat est identique. Il s’agit d’empêcher les exploités des laboratoires de produire une analyse sur le système, et de les faire adhérer à la version des dominants.

Et que ce qui peut apparaitre à première vue comme des dysfonctionnements ou exceptions de laboratoires (par exemple, les erreurs et oublis dans la présentation des équipes sur les sites web et sur labintel…) n’est en réalité que le mode de fonctionnement normal.

Voici donc (fichier pdf joint) avec de très jolies couleurs les productions d’un laboratoire (type "revues à comité de lecture").

PDF - 32 ko

[1Je traiterai dans un autre article de cette question de la jeunesse éternelle des sans poste, des problèmes de quantification.

Messages

  • Le systeme est devenu ubuesque au point que les jeunes decouvreurs sont virés faute de fric. J’en viens de faire l’expérience. Je suis sorti des sentiers battus, j’ai mené des manip en solitaire puis exposé mes resultats... ce fut si bon qu’on a décidé de creer une prochaine unité sur les travaux que j’ai lancé (la moitié du projet écrit repose sur ces travaux que j’ai initié, pensé et mené en solitaire)... mais par contre, la semaine derniere j’ai appris que mon contrat de CDD n’était pas renouvelé faute de tunes... l’aberrant c’est que j’ai bossé pendant des mois à plus de 70 heures par semaines (dimanches compris)... j’ai oublié mes fériés et j’ai taffé pour obtenir des résultats solides, originaux et importants... la morale de l’histoire est que je suis un futur chomeur !!! L’autre morale est que les hors statuts sont du pain béni pour un système qui pense qu’on peut mettre à l’ANPE ceux qui trouve ou pas.

    Yannick Comenge
    Jeune chercheur

    Hors statut, j’ai passé un sacré moment de ma thèse sans financement. L’hors statut de cette condition m’a conduit au chomage sans indemnité (43 mois). Après un vrai succès de recherche, je vais à la case chomage... aux USA, on m’aurait doublé le salaire et passé de la main d’oeuvre.

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