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Merci à tous les anonymes : la vedette et les autres dans le spectacle, résumé de communication (L’anonymat urbain Sef 93)

lundi 6 février 2006, par Eliane Daphy

« Merci à tous les anonymes » : la vedette et les autres dans le spectacle

Éliane Daphy (Laboratoire d’Anthropologie Urbaine)

L’anonymat urbain, 29 avril 1993

Journée d’étude de la Société d’ethnologie française, proposé par le Laboratoire d’anthropologie urbaine

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« Je viens ce soir pour ma récompense [...]
Je remercie l’équipe toute entière
Et le chauffeur de ma limousine
Les gars du son et ceux de la lumière
Et Marie-Jo qui a fait le casting
Je remercie l’auteur ma femme et mon agent
Et ma maman qui m’a fait si intelligent. »
[« Le trophée », Pierre Perret, 1992 disque Bercy Madeleine, 9031-77460-2 Adèle/Carrère]

Dans le monde du spectacle, il y a les artistes qui ont réussi à se faire un nom : vedettes connues, reconnues, renommées, par le public. Leurs noms et leurs visages s’étalent sur les murs des villes, sur les pochettes des disques, à la une des magazines... Dans les concours et les cérémonies rituelles qui rythment le calendrier des professionnels du spectacle (Victoires, Césars, Molières, Grand Prix d’une académie ou d’une ville...), plusieurs concurrents sont nominés, un seul est élu. Ces célébrités, ces stars, ont leur place en pleine lumière, sous les feux de la rampe, dans la lumière des projecteurs. Les plus réputés d’entre eux auront même leurs noms et leurs photos dans des ouvrages spécialisés appelés dictionnaire, encyclopédie ou histoire.
Mais dans le monde du spectacle, il y a aussi les anonymes, les obscurs, les sans grades : ceux que les primés évoquent d’une voix émue dans les cérémonies de remises de prix, lorsqu’ils demandent au public de ne pas oublier tous ceux « sans qui ils ne seraient rien », et que dans un grand élan généreux, ils clament leur reconnaissance et leurs remerciements à « toute l’équipe » avec laquelle ils partagent les applaudissements et la gloire, et saluent des prénoms, des surnoms : « à la poursuite, ce soir, Bébert »...
Ceux-là, anonymes et invisibles, que le public ne connaît ni de nom ni de vue, travaillent dans les coulisses, dans la fosse d’orchestre, dans l’ombre des stars, dans l’envers du décor : « Mon nom ne vous dira rien / Je marche derrière la musique / Je suis le star des souterrains / Je suis la face cachée du disque », écrit le parolier Pierre Delanoë (1980 : 15), auteur de quelques uns des succès des décennies passées, interprétées par « les plus grandes vedettes de la radio et du disque », d’Edith Piaf à Gilbert Bécaud en passant par Yves Montand, Michel Sardou et Johnny Halliday.
J’ai choisi pour cette communication d’étudier comment anonymat et invisibilité partagent ou réunissent les différentes catégories collaborant à la production d’une marchandise musicale (partition, spectacle ou disque). Parmi les créateurs (parolier, compositeur), les interprètes (chanteur, instrumentiste) et les techniciens (sonorisateur et éclairagiste), qui est anonyme ? Qui est invisible ?
La présentation de différents documents d’époques différentes (petits formats, pochettes de disques, programmes de spectacle contemporains), permettra dans un premier temps de voir que ce ne sont pas toujours les mêmes opérateurs qui sont célèbres selon les époques et selon les types de produits (disque ou spectacle). Ces différences, mises en perspective avec les changements techniques, l’évolution de la division du travail et les changements du mode de rémunération des participants, expliciteront comment a évolué un système de rémunération qui opposait la renommée de l’interprète et l’anonymat du créateur.
Pour illustrer cette opposition, donnons l’exemple de l’anonymat dans la législation de la propriété littéraire et artistique et des droits voisins : la loi accorde à l’auteur d’une œuvre le droit de choisir l’anonymat ou le pseudonyme, sans le priver de ses droits moraux et économiques. Dans le même temps, avant le vote de la loi dite des droits voisins en 1987, le chanteur-interprète ne touchait aucune rémunération lorsque son disque passait à la radio ou à la télévision, seuls étaient rémunérés les ayant-droits reconnu par la loi comme auteurs.
On terminera en s’interrogeant sur la mutation que connaissent récemment les métiers de la technique (son et lumière) qui sont atteints par le mécanisme de la célébrité. Aux Victoires de la Musique 1993, un prix a été décerné au meilleur ingénieur du son, alors qu’aucun prix ne venait couronner le meilleur auteur ni le meilleur compositeur, et que les prix les plus importants concernaient les interprètes, divisés par sexe (homme, femme), et par classe d’âge (confirmé, espoir).

Références bibliographiques

  • Journal Officiel de la République Française 1255, « Propriété littéraire et artistique et droits voisins », 1989
  • Colombet Claude, Propriété littéraire et artistique, Paris, Dalloz, 1980.
  • Delanoë Pierre, La vie en chantant, Paris, Julliard, 1980.
  • Delanoë Pierre, Et à part ça, qu’est-ce que vous faites ?, Paris, Michel Lafon, 1987.

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